On dit qu’entre ce qu’on pense, la façon dont on le pense, les mots qu’on utilise pour le dire, l’intonation de notre phrase, ce que l’autre entend, ce qu’il comprend, et ce qu’il interprète, il y a déjà sept bonnes raisons pour que le dialogue se transforme en dispute. Je pense que ça peut aussi créer quelques quiproquos pas forcément drôles. Dispute ou pas, en tout cas, il peut apparaître des malentendus. Et c’est là que commencent les problèmes.
Je venais de terminer une discussion sur msn qui me laissait un goût un peu amer quand je me suis fais cette réflexion. Prémonition, intuition, simple déduction, on peut appeler cela comme on veut, toujours est-il que je ne pensais pas être si proche de la réalité.
Bridget passait justement boire un petit apéritif avant un autre rendez-vous ce soir là.
-Dis, comment tu le prendrais toi si on te disait que tu es une ‘’belle personne’’ ? demanda t elle à EraS.
-Comment ça ? A quel niveau ? Et qui me dirait ça ?
-Tu te souviens de mon Barré ?
-L’indécis ?
-Celui là. Dans une discussion il y a quelques jours il a réussi à caser que j’étais une ‘’belle personne’’. Sur le moment, j’ai bien pris le compliment. Mais en y repensant, je me suis demandé ce que ça voulait dire ‘’être une belle personne’’. Ca veut dire que si il n'avait pas déjà quelqu'un nous serions ensemble ? Qu'avec lui ça n'aurait pas collé mais que je garde le moral car je trouverai quelqu'un un jour ? Que j'ai un bon fond, genre mère Thérésa ? Que la tête et le physique sont harmonieux ?
-Que tu ne fais pas de miettes en mangeant ton pain ou que tu ne manges pas de pain avec tes pâtes…
-Oui donc pour toi, c’est pas un compliment.
-Pour moi ça ressemble drôlement au ‘’t’es un mec génial’’ qu’on me sort à chaque fois.
-C’est bien ce que je me disais. Mais si c’est moi qui te sors ça, tu le prendrais mal ?
-Toi je sais exactement ce que tu veux dire si tu me sors un truc de ce genre, c’est différent. Là ça voudrait juste dire que pour toi, je suis quelqu’un de bien, au dessus de la moyenne, que tu as de l’estime pour moi, que tu m’apprécies beaucoup.
-Bien vu.
-Depuis le temps qu’on se connaît, je sais que ça serait sincère, surtout avec deux ou trois autres Martinis dans le cornet. Après, venant d’une ex… Je crois que je le prendrais assez mal quand même.
-Pourquoi on ne sait jamais vraiment ce que les gens veulent nous dire quand ils nous le disent et qu’on se torture toujours pour savoir comment tout interpréter ?
Sans le savoir, et pour des raisons différentes, Bridget se posait la même question que moi. Et je me demandais également ce que j’avais pu dire pour que ce soit interprété de cette manière.
De son côté, Chapo se demandait par contre comment faire comprendre à quelqu’un qu’elle l’appréciait un peu plus qu’il ne semblait le croire. Et ce, sans le perdre, car de son point de vue, le risque était grand.
Pendant ce temps là, Scrat s’arrachait les cheveux, perdait patience et se languissait de sa campagne natale. La vie dans le service où elle venait d’atterrir était morne, le travail en lui-même n’était pas non plus des plus plaisants et les collègues n’avaient qu’une chose en tête : vacances avec leur mari ou leur futur mari. Juste ce qu’il lui fallait ou presque donc. Il ne manquait plus que l’éternelle question : ‘’mais comment ça se fait que tu sois encore célibataire à ton âge ? Tu es très jolie et intelligente’’…
Rectification, la future mariée venait de la lui poser….
Le Cousin, enfin, venait de signer son embauche et s’ennuyait fermement avec une bonne sœur échappée de son couvent. Il passait donc le temps en montant des agglos dans la maison qu’il était en train de se construire.
Ce week-end là, Scrat était de garde et ne pouvait désespérément pas rentrer, Chapo avait une soirée de son côté, et Bridget partait en expédition chez le frère de son dernier coup de cœur.
Il ne restait pour Cousin et moi qu’une bonne soirée entre mecs en perspective : pizza, bière/vodka, DVD et peut être sortie ensuite.
Mais c’était sans compter sur cette fameuse conversation msn…
Les choses en entraînant une autre, un échange de numéros de téléphone s’était fait les jours précédents, au milieu de plusieurs conversations, et ce vendredi soir là, en guise de soirée entre mecs, ce fut une soirée entre deux mecs et deux filles.
Et malentendu il y avait eu, justement. D’une simple conversation pour ‘’faire connaissance’’, l’une des filles avait compris que je la draguais.
La soirée se termina au petit matin vers 7h avec le départ des deux filles.
Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir…
Seulement, au premier abord, une relation qui commence sur un malentendu, ce n’est pas le top. Quand ensuite, il s’avère qu’au lieu d’une grande brune dont je raffole il s’agit d’une petite blonde… Mais ce point n’étant finalement qu’un détail sans importance, il restait à voir le reste.
Je décidai d’en parler avec le Cousin au téléphone.
- Tu penses quoi de tout ça Cousin ?
- Tu veux dire le week-end de débiles qu’on a passé ?
- Ben… dormir deux heures par nuit pendant trois jours, ça on a déjà fait, c’est plutôt ton opinion sur la tournure probable des événements qui m’intéresse.
- Je ne sais pas trop, faut voir, je ne la connaissais pas avant vendredi, alors tu comprends…
- Mhm… Moi je ne sais pas quoi faire. Elle peut être adorable dix minutes et les dix minutes suivantes elle me saoule. Remarque pour une fois, ce n’est pas une psychopathe qui ne sait pas ce qu’elle veut.
- Idem, c’est pour ça que c’est tentant quand même, ça a l’air simple pour une fois.
- Mouais, je ne suis pas entièrement convaincu pour autant, je me méfie des apparences. Je ne sais vraiment pas quoi faire.
- Moi non plus, d’autres priorités en tête. Je vais laisser couler, je verrai bien comment ça va évoluer. Ce qui est sûr c’est que je ne vais pas me prendre la tête.
Et je laissai donc passer un peu de temps. Une soirée en entraînant une autre, les cinés s’enchaînant je me rendis vite compte de plusieurs choses.
Il fallait que j’en parle à Scrat.
Heureusement, elle rentrait ce soir là. Au programme, vodka, pizza et un Cabernet Sauvignon d’Afrique du Sud qu’il fallait qu’on goûte.
-Quoi de neuf de ton côté ? demande t elle à brûle pourpoint
-Besoin d’un avis. Ca ne t’est jamais arrivé de penser que tu faisais une énorme connerie et de ne pas savoir comment abréger sans faire trop de dégâts ?
-Tu parles de ton dernier flirt là, ce n’était pas une question, Scrat comprend toujours les choses rapidement.
-Je voulais nous donner une chance. Elle peut être adorable, mais…
-Ca bloque au niveau du lit ?
-Oula non, de ce côté… Rien à redire au contraire. C’est plutôt que je ne sais pas de quoi lui parler, on n’a pas du tout les mêmes délires, les mêmes centres d’intérêt, elle dit amen à tout ce que je raconte comme conneries… Ca a un côté simple, je ne dis pas le contraire, mais… j’ai déjà l’impression d’avoir une laisse autour du cou, mon espace vital vient de subir une atrophie foudroyante.
-Donc tu as décidé que tu devais rompre.
-Soit je reste alors que je n’éprouve rien de spécial, pour ne pas lui faire de mal, soit je la quitte maintenant, alors qu’elle est déjà bien accro mais avant que ça n’empire.
-Te connaissant tu as déjà pris ta décision alors.
-Tu l’as vue toi, et tu me connais…
-Bon courage alors, mais si tu ne le fais pas, ça ne te ressemblera pas non plus.
-Je m’occupe du vin et du dvd pendant que tu gères les pizz.
Simple comme discussion. Un peu puérile aussi, elle me donne l’impression d’être un collégien. Comme toute cette histoire d’ailleurs. Et comme je ne réponds pas à ses sms, elle en renvoie, et appelle… Deux semaines se sont à peine écoulées et déjà je n’ai plus de vie de mon côté, je dois rendre des comptes. Non, ça ne peut plus durer, mes attentes sont différentes, je vais sans doute lui faire mal, mais la décision est prise. Je me souviens des quelques mots d’un ami. Il faudra que je lui dise que je comprends tout à fait son point de vue sur ce genre de relations.
Finalement, un des plus gros problèmes des célibataires quasi trentenaires vient peut être aussi de cette incapacité à communiquer. On a peut être trop tendance à vouloir interpréter les choses, là où il n’y a rien à interpréter. A transférer nos attentes dans les mots des autres, comme si nous étions des espèces de naufragés qui tentent de jeter une bouée vers le premier être vivant que nous croisons. Il y a des radeaux qu’on préfère parfois ne pas quitter, ils sont familiers, ils ne remettent pas tout en cause. Tant qu’à être un naufragé, autant l’être dans la bonne humeur et fidèle à ses principes. Je vais m’en vouloir de la faire souffrir, mais si je veux pouvoir me regarder dans un miroir, je dois retourner sur mon radeau. Il reste un excellent concert en perspective pour endormir l’esprit… Un concert avec la bande !